"1 bit symphony", Tristan Perich, 2009-2010

Tags : musique, chiptune, art du code, électronique

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Le "1-bit symphony" de Perich est à la fois une oeuvre sonore, du physical computing et du design. Un boitier CD de modèle fin, transparent, laissant voir quelques composants soudés à la main, alignés à intervalles réguliers : une pile, un interrupteur, une puce, un bouton à presser, un potentiomètre et une prise minijack collée au bord droit du boitier. On y place une paire d’écouteurs, on glisse l’interrupteur sur "on" et un flot sonore s’écoule, soutenu, repétitif mais structuré. Des nappes sonores qui rappellent certaines pièces de Steve Reich ou John Adams. On y retrouve des patterns, des syncopes, des boucles et des permutations. On est en fait plutôt étonné, vu le minimalisme de l’objet, d’y trouver de la musique. C’est que la pièce relève de ce que l’on appelle le "chiptune", elle est produite directement par la puce électronique, modulant du son uniquement en ouvrant et coupant l’alimentation électrique à très grande vitesse.

"1-bit" aurait pu être une simple boîte, le coup de génie final de Perich aura été de faire rentrer dans une "slim case", qui permet d’appuyer par l’objet ce qui est déjà présent dans le concept de l’oeuvre : on a affaire ici à une pièce musicale non pas reproduite après enregistrement, mais bien performée lors de l’écoute. Le CD, comme support de reproduction, est donc bien remplacé par la pièce elle-même. L’objet, bien qu’autonome, n’est pas un i-pod non plus : il ne joue qu’une pièce composée de 4 mouvements d’un peu plus d’une demi-heure terminant sur un cinquième mouvement en boucle.

Perich, jeune artiste new-yorkais, a déjà fabriqué un "1-bit music" et même un "1-bit vidéo". Autant d’objets autonomes capables de produire un contenu sur base d’une simple puce programmée. L’idée de produire des contenus grâce à un code minimal a été l’enjeu des démoscènes. Une forme d’art du code, où le trip est de faire beaucoup de diversité avec peu de lignes de code, une contrainte forte obligeant à recourir à pas mal d’ingéniosité et d’imagination. L’électronique permet à Perich d’ajouter à la performance l’élégance d’un objet autonome.

Walter Benjamin parlait dans son texte le plus célèbre de la reproductibilité technique comme menace possible à l’aura (le fameuse "apparition d’un lointain, aussi proche soit-il"). Comme en réponse, le code source embarqué sur la puce électronique de 1-bit Symphony est aussi fourni sur papier avec le CD. Une façon pour Perich d’affirmer que la reproductibilité n’enlèvera rien à son œuvre, dont chaque composant peut être acheté dans le commerce. C’est l’assemblage du hardware et du software, et une pile de 3 volts, qui actualisent à chaque audition l’intention de l’auteur, et font de 1 Bit Symphony, au creux de la main, une œuvre unique.

1-bit symphony a été produit en petite série, avec un prix de vente aux alentours de 25 dollars. Ce qui le fait entrer dans la catégorie des "multiples". Une oeuvre d’art pour le prix d’un bon CD.