Analogique et digital : Aram Bartholl Vs Jim Campbell

"Home Movies 608" de Jim Campbell (2006) et "0,16" de Aram Bartholl (2009) sont deux oeuvres numériques symétriques. L’une est numérique et recherche un effet analogique, l’autre est analogique et recherche un effet digital.

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Home Movies 608

Pour cette installation, Jim Campbell a créé un écran géant de basse résolution constitué de 608 leds puissantes créant un rideau de fils verticaux face à un grand mur. Les leds sont dirigées vers le mur. Elle n’éblouissent pas le spectateur mais diffusent leur lumière vers le mur. leur angle de diffusion et la distance qui les sépare du mur produisent un halo lumineux, et l’ensemble reconstitue une image de basse définition aux bords indéfinis, structuré uniquement par la structure des fils et du dos des leds.

Campbell a choisi pour cette pièce de projeter un montage de films familiaux sans présence humaine. Des paysages pour la majeure partie.

Cette oeuvre fait partie d’une catégorie appelée "low resolution works" et plus précisement de la série "Home Movies series".

0,16

Cette installation est composée d’un spot puissant et d’un caisson composé de 6 X 17 cubes de 16 cm de côté. 0,16 fait référence à la résolution de l’écran, qui de 0,16 DPI (points par pouces, l’unité de résolution dans le secteur graphique). Le spot est placé à grande distance de l’arrière de l’écran, de manière à projeter une lumière très directionnelle. Le caisson de Bartholl reçoit donc une lumière très tranchée, chaque cube qui le compose fonctionne comme un diffuseur, et transforme une ombre marquée en une couleur homogène.

Cette installation est dans la continuité du "random screen" de Bartholl, et surtout d’autres expérimentations dont "TV filter"

Analogique et digital

Ces deux installations sont à la fois proches et symétriquement opposées, ce qui en fait un cas intéressant. Elles sont toutes deux des installations, basées sur la lumière et en grand format.
Cependant L’installation de Bartholl est par nature "intéractive" : un visiteur doit s’intercaler entre le projecteur et l’écran pour que quelque chose se passe. L’ironi est que l’intéractivité est souvent associée aux hautes technologies en arts numériques.
A contrario, l’installation de Jim Campbell n’a besoin d’aucune interaction, les leds retournées contre le mur renforcent d’ailleurs le côté autistique de la pièce, ainsi que l’absence de personnage identifiable. La contemplation que suscite cette oeuvre la range du côté d’une expérience plus traditionnelle. C’est une peinture murale en mouvement.

L’une est low tech, réalisée avec des matériaux qui ne sont pas même électronique : du papier, du bois, de l’éclairage. L’autre est hi-tech : analyse d’image, pilotage de lumières "dimmées".

Entre ces deux oeuvres un territoire énorme, celui de l’art numérique, est dessiné. Bartholl interroge les codes du digital, et la manière dont les signes que produisent la culture numérique affectent notre perception du monde. Campbell utilise la technologie pour produire des percepts de manière riche, augmenter l’expérience quotidienne par le biais des nouvelles technologies.