"Georges Brassens et la puissance de la fonk" par Mozinor, 2008

Tags : Low-fi, end user, détournement, vidéo, web 2.0

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Mozinor est un artiste anonyme français, habitant probablement Montreuil, dans le quartier de l’usine du même nom. Depuis 2004, à l’aide d’un ordinateur et d’un micro, Mozinor a produit des dizaines de vidéos détournant des classiques de la culture pop (cinéma et vidéoclips principalement, mais aussi des journaux télévisés). Les images sont montées puis doublées par lui seul, puis diffusées sur le net. Censuré sur youtube plusieurs fois, il archive ses vidéos sur dailymotion.

"Georges Brassens et la puissance de la fonk" est basé sur un passage télé de Brassens, début 80’. L’image y est remontée et les voix de tous les intervenants doublées par Mozinor seul. Cette séquence hilarante montre un Brassens pris par le virus de la fonk, critique lucide et goguenard de la France de Pompidou et de la télévision publique française. Un objet complexe, mêlant nostalgie et foutage de gueule, dépassant d’une tête quelques milliers des doublages vidéos que l’ont peut trouver sur le net.

Le détournement est une pratique au moins aussi ancienne que l’imprimerie, mais l’ordinateur permet à n’importe qui possédant un budget de 500 euros, une connexion internet et quelques logiciels crackés de s’attaquer virtuellement à n’importe quel contenu digitalisé. Mozinor est donc un des millions de consommateurs qui recrache sur les services "2.0" les images qu’il absorbe quotidiennement. Mais son humour décapant, la précision de ses montages, le large éventail de ses sujets, en on fait une figure majeure de la sous-culture des vidéos du net.

La sous-culture de la vidéo internet

Au centre de cette culture, le pillage sans vergogne des oeuvres sous copyright. Contrairement à la culture de l’open source ou des casseurs de pub, on ne trouve pas ici au centre de cette pratique un discours revendicateur sur le libre accès à la création et l’oppression des grands groupes. La vidéo youtube détournée prend sans respect ce qu’on lui donne à manger. Le détournement n’est pas utilisé pour démonter le discours dominant, mais de fabriquer quelque chose d’autre à partir du matériau le plus proche et disponible car "offert" en échange d’un espace de cerveau disponible, pour reprendre la célèbre phrase de Patrick Le Lay, directeur de TF1 en 2004.

Beaucoup de vidéos postées sur le net on été frappées de censure au nom des droits d’auteurs. On se souvient de l’intimidation subie par l’auteur de "prison biesse", détournement de "Prison break" en patois liègeois, par la Century Fox. Il est donc étonnant que Mozinor aie pu résister à la pression des sociétés auxquelles les images qu’il détourne appartiennent.

La critique sociale, la satire politique sont présentes dans les séquences doublées de Mozinor, mais il ne cloisonne pas ses sujets. Son amour du funk, par exemple, contamine régulièrement sa critique de la politique, et ses acteurs fétiches (de Stallone à Christophe Lambert) sont employés dans des rôles divers allant des peines de coeur à la sauvegarde des forêts amazoniennes.

C’est cette dynamique, gagnée au fil des années de travail de sélection, de montage et de doublage, qui élève Mozinor au dessus de millions d’autres vidéos stockées sur les serveurs de la galaxie "web 2.0".

En 2008, il s’incarne dans l’acteur Christopher Walken et produit grâce à un montage de plusieurs films de l’acteur son plus long travail, le touchant et autoréférentiel "Deadzone : grosse fatigue ou : Les Tourments du détournement", dans lequel il confesse un essoufflement pour son travail.

Mozinor a été largement influencé par "La classe américaine", une vidéo produite par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette sur base du catalogue de la Warner. L’histoire veut que la Warner mis à disposition de Canal+ 3000 films de son catalogue à l’occasion de son centenaire en 1993. Hazanavicius et Mézerette vont saisir l’occasion pour fabriquer un long métrage détourné aux dialogues réécrits qu’il pourront faire doubler avec les acteurs de doublage "officiel" de chaque acteur grâce à leur relations avec le milieu professionnel. John Wayne, "acteur" principal sera ainsi doublé par Raymond Loyer.

Un best-of de l’oeuvre de mozinor a d’ailleurs été projeté au musée Georges Pompidou à l’occasion de la projection de "La classe américaine" en 2009, en absence de l’artiste.

Les vidéos

Son travail le plus connu est le fameux "bite it" basé sur le clip de Michael Jackson. On lui préférera d’autres, comme le "Georges Brassens et la puissance de la fonk", l’hilarant "Benny", ou le quasi expérimental "amour du risque".

D’autres oeuvres approchantes

The french democracy de Alex Chan, commenté ici