Le réseau Internet en dates

Difficile de parler du net sans faire se succéder une suite de dates. En voici quelques unes parmi d’autres.

Attention, certaines dates sont discutables, l’histoire des techniques, comme celle avec un grand H, comporte des zones d’incertitudes.

1958 : création d’ARPA (ou DARPA)

Grossièrement, on associe Internet aux suites de la deuxième guerre mondiale, et plus précisément au lancement de Spoutnik en 1957.
Le 7 février 1958, le président Eisenhower signa la directive 5105.15 donnant naissance à l’ARPA, avec pour objectif de faire en sorte que la technologie de l’armée américaine reste supérieure à celle de ses ennemis. Son rôle est notamment d’anticiper les menaces nouvelles produites par les développements technologiques.
Les projets lancés par la DARPA furent d’abord axés sur l’espace et les missiles, avant que ses activités spatiales ne soient transférées à la NASA et le renseignement satellitaire au NRO. L’un des premiers projets gérés par l’agence fut le programme Transit en 1958 : il s’agissait d’un système de navigation par satellite, précurseur du GPS.

C’est en tous cas des universitaires liés à la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) qui vont faire émerger l’idée d’un réseau interconnecté, pour améliorer la communication entre centres de recherche, optimiser l’emploi des supercalculateurs mais aussi pour assurer une liaison en cas d’attaque (avec le nucléaire en tête).

1964 : Baran et le réseau distribué

Paul Baran écrit un mémo en 1964 sur l’organisation d’un réseau de communication physique. Il propose un réseau « distribué » comme étant la meilleure solution à une attaque touchant un réseau en « n’importe quel point » . Il servira de base pour penser le futur développement du réseau de la Darpa. En 1968 Baran rejoint la Darpa pour en devenir une des figures influentes.

1968 : Première démonstration d’un travail en réseau par Douglas Engelbart

Douglas Engelbart est une des figures impressionnantes de la création d’ARPANET. Pionniers dans la recherche d’interface homme/machine avec son Augmentation Research Center, il présentera le 9 décembre 1968 la "mère de toutes les démos" avec micro-casque et projecteur data. Il y fait état des recherches d’ARPANET et de quelques pistes concrètes de développement de cet outil un peu abstrait, comme la création et consultation à distance de fichiers, à l’aide de la première interface utilisateur "cliquer-pointer". Le réseau qu’il emploie n’est pas le futur réseau ARPANET, mais une liaison créée pour l’occasion avec des modems tunés par l’équipe d’Engelbart.

Engelbart avait en effet créé quelques années plus tôt (brevet en 1967, prototype en 1970, avec utilisation dans sa démo de 1968) la première souris et pensé le menu et le curseur comme moyens pour les humains d’interagir avec des données. Il est à noter aussi que suite à des maladresses institutionnelles, Englebart perd plusieurs de ses chercheurs dans les années 70’, qui rejoindront le parc Xerox, un lieu important dans l’histoire du Personal Computer : Bill Gates et Steve Jobs, encore étudiants, y passeront voir les dernières recherches en matière d’operating system et y verront des prototypes d’interface graphique avec métaphore de bureau.

1969 : première mise en place d’ARPANET

ARPANET, le précurseur de l’Internet, est un réseau physique fait de câbles reliés à des routeurs (on dit à l’époque de IMP pour Interface Message Processor) mis en place et officiellement inauguré le 29 octobre 1969 entre le laboratoire Leonard Kleinrock et celui de Douglas Engelbart. Les universités de Santa Barbara et de l’Utah s’ajoutèrent au réseau le 5 décembre 1969. Le réseau est donc constitué de 4 noeuds.

Les données sont acheminées via la technique du transfert par paquet. Un circuit virtuel est établi entre un ordinateur et un autre, à travers les noeuds du réseau, puis le fichier, découpé en petits morceaux (128 ou 256 octets) est transmis en empruntant ce chemin virtuel. Ce système sera amélioré avec la technique de commutation de paquet plus tard.

Les ordinateurs utilisés étaient notamment des Univac, fonctionnant avec des tubes électroniques, technologie désuète en 1969. C’est précisément pour cela que ces ordinateurs étaient libres pour un usage expérimental, les autres étant saturés de travaux. Par ailleurs, un des enjeux d’Arpanet était de faire communiquer entre eux des ordinateurs de générations et de constructions différentes.

1972 : Première "killer app" : le mail

Si internet permet assez vite un ensemble de service utile à l’armée, comme la communication de données cryptées et la circulation des données de satellites, c’est en 1972 que la première vraie innovation va se pointer : l’échange de mail.
Le premier mail date en fait de 1961, mais c’est avec Ray Tomlinson, sous contrat pour la Darpa, que l’utilisation du mail va devenir populaire chez les chercheurs. Tomlinson proposa en 1972 l’utilisation du signe @ pour séparer le nom d’utilisateur de celui de la machine. Il crée SNDMSG et READMAIL, et la fusion des deux logiciels donnera la naissance à la messagerie moderne.

En 1973, une étude révèle que le courrier électronique représente 75 % du trafic sur Arpanet.
Voir un article plus complet sur l’histoire du mail ailleurs sur ce site.

1974 : le TCP/IP et la commutation de paquets

Le transfert par paquet est la technologie qui permet la circulation des données sur l’infrastructure d’Arpanet dès son installation, à travers les connections entre IMP.
Louis Pouzin, un ingénieur et polytechnicien français, va améliorer la communication entre les différents points du réseaux en conceptualisant et mettant en application la commutation de paquets. A la différence du transfert par paquet, où tous les paquets suivent le même chemin virtuel établi en début de connection, la commutation permet à chaque paquet d’information de passer par des noeuds différents du réseau, s’adaptant en temps réel à l’état de celui-ci. Ce principe est utilisé par Pouzin alors qu’il est à la tête du projet « Cyclades », destiné à devenir "l’Arpanet français", projet initié en 1971 et abandonné en 1978. Son paquet d’information s’appelle de "datagramme", contraction de data et télégramme.

Vinton Cerf assiste à une conférence de Pouzin et s’inspire du principe de commutation lors de la mise en place des protocoles d’Internet. Avec Robert Kahn créent le protocole « TCP » (Transmission Control Protocol) destiné à faire travailler ensemble des réseaux non similaires (préfiguration du « réseau des réseaux », soit Internet). Il est amélioré en 1975 et 1978 pour devenir progressivement le « TCP/IP » (IP signifie Internet Protocol), base technique de l’internet moderne.

Cerf et Khan améliorent le travail de Pouzin en ajoutant un contrôle renforcé des paquets, notamment pour vérifier leur réception et leur intégrité. Le datagramme de Pouzin ne possède pas en effet de système permettant de savoir si le paquet envoyé est arrivé à destination.
IP, de son côté, est un protocole permettant d’identifier l’ensemble des terminaux connectés de manière fiable et unique. Cette méthode est nécessaire pour pouvoir étendre le réseau de manière dynamique.
L’adressage des terminaux et le transport de point à point étant intimement liés, on parle de protocole TCP/IP.

1983 : l’armée prend ses quartiers

En 1983 la partie de l’ARPANET appartenant aux Forces armées des États-Unis fut séparée du reste du réseau et devint le MILNET (Military Network) puis Defense Data Network (DDN). Le réseau va alors progressivement s’ouvrir aux universités, au non-marchand, puis le réseau deviendra accessible par téléphone avec les pourvoyeur d’accès à la fin des années 80. COMPUSERVE est la première firme à offrir un accès (illimité) au net en 1989, en connectant son système de messagerie, mis en place 10 ans plus tôt par téléphone, à l’Internet. Les compagnies aériennes vont être rapidement intéressées par la possibilité d’échanger des données en temps réel sur des places d’avions disponibles à l’autre bout de la planète.