"Learning to love you more", Miranda July et Harrell Fletcher, 2002

"Learning to love you more" est un site web sur base d’un projet de Miranda July et Harrell Fletcher, construit et mis en place par Yuri Ono.

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Le site rassemble une collection d’"assignments" (contrainte, mission, devoir, traduction au choix) dont le visiteur peut se saisir. La première contrainte a été "Make a child’s outfit in an adult size." (Fabriquez un survêtement d’enfant à taille adulte).

Le site a été mis en place à l’occasion de la Whitney Biennal de 2004, avec le soutien de la Creative Capital Fondation. Le site est le point central de la production, un repository, qui permet de lancer les assignments et cataloguer les réponses données par les internautes/auteurs.

Le site est donc d’entrée de jeu une oeuvre d’art et un outil servant a collecter des oeuvres pour des expositions : plusieurs expositions ont eu lieu sur base des travaux produits et collectés. Son nom même donne son programme : nous sommes en présence en complet accord avec la théorie de Nicolas Bourriaud sur l’art relationnel. La rencontre fortuite entre les assignments et des personnes dont peu sont des artistes va produire, grâce à la simplicité des énoncés, des objets ambivalents, chargé d’histoire personnelle. Les considérations esthétiques sont délicatement mise de côté, July et Fletcher lui préfère une forme d’authenticité toute moderne.

A côté d’assignments réflexifs (écrivez votre autobiographie en plus d’une heure et moins d’une journée, ou encore donnez un conseil à vous-même dans le passé), beaucoup d’assignments sont écrits pour susciter une intéraction sociale. "Prenez une photographies de vos parents s’embrassant", "Interviewez quelqu’un qui a eu une expérience de la guerre", "Dessinez une constellation à partir des grains de beauté de quelqu’un", "Passez du temps avec quelqu’un en train de mourir" posent le cadre d’une rencontre inhabituelle, potentiellement riche en émotion. Les résultats de ces énoncés n’ont pas tous la même force, mais beaucoup gardent la trace d’une prise de risque, d’un voyage à l’extérieur de soi, qui semble pour July et Fletcher la définition même de l’acte artistique. Ainsi la réponse de Aaron Hughes à l’assignment "Make a protest sign and protest.", qui devient un geste investi et autonome.

Le site web est le support incontournable de cette expérience. Le postulat moderniste "Tout le monde est artiste" y rejoint la mythologie fondatrice d’internet : "Tout le monde peut prendre la parole". La disponibilité du site, la circulation virale de l’information, l’anonymat potentiel et la décentralisation de la participation ont permis au projet de récolter plus de 500 réponses. Chacune d’entre elle a été proposée aux artistes par voie de mail et non pas sous forme d’un formulaire automatique, réaffirmant la relation interpersonnelle comme centrale dans l’expérience.

Le site n’accepte plus les réponses depuis mai 2009, mais est toujours en ligne. Une publication a été réalisée à propos du projet. Miranda July a entretemps réalisé un film "Me, you and everyone we know", dans lequel la dynamique de son travail d’artiste est clairement perceptible dans l’écriture et la réalisation. Elle écrit des nouvelles. Fletcher de son côté, dessine et réalise vidéos et performances.