Sol Lewitt

Le travail de Sol Lewitt (1928 - 2007) est considéré comme un des points de pivots entre l’art minimal et l’art conceptuel. On peut aussi voir dans son travail de multiples ponts avec l’art numérique, tant l’importance de la scission entre énoncé et exécution est présente dans son travail, proche d’un Casey Reas par exemple.

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Épuisement de la forme

Le travail de Lewitt se radicalise dans les années 60’ autour de la sculpture et du dessin. Proche des principales figures de l’art minimal (Ryman, Mangold, Flavin), il partage avec eux le gout des formes simples, de l’impact du travail in situ, et une utilisation de la modulation et la répétition.
Il va y rajouter une rigueur peu commune dans l’épuisement des combinaisons des éléments qu’il met en joue.

Ainsi ce dessin fait la liste des combinaisons formelles d’arêtes d’un cube. Lewitt s’en servira pour des dessins et surtout des sculptures, montrées par pièce unique, par groupe, ou ensemble.

Sol Lewitt aime la force des fresques du quattrocento et de Giotto, à qui il va emprunter le sens du volume et de la couleur. Ses dessins sont marqués par cette influence. On retrouve la méthode minimale de ses dessins sur papier et de sa sculpture : domination de formes simples dont le carré principalement, des matériaux simples (crayon et aplats de couleurs), des couleurs primaires et une maitrise plastique implacable. Lewitt dispose d’un catalogue d’énoncés dans lequel il puise en fonction du lieu et de discussion avec les commenditaires. Il utilise le lieu de chaque réalisation comme donnée matérielle (l’architecture du lieu, la surface des murs, les emplacements des fenêtres et portes), et parfois historique. On est cependant loin de l’approche de Buren, par exemple, qui fait de l’institution le point de départ même de son travail de déconstruction.

Les dessins de Lewitt sont exécutés par des assistants sur base d’énoncés simples, un texte court qui dicte la forme finale du travail. Il va découvrir que son travail principale est dans le travail de cet énoncé, que sa teneur esthétique se trouve dans le concept. Partant de là, le travail est en priorité cet énoncé lui-même, une feuille contenant des directives, attestant de l’authenticité de l’oeuvre, et l’oeuvre peut même ne pas être réalisée, et exister uniquement sur papier. Lewitt énoncera cette constation, qui le fait basculer vers l’art conceptuel :

" Je qualifierai de "concept art" le genre artistique dans lequel je me suis engagé. Lorsqu’un artiste utilise une forme conceptuelle, cela signifie que toute la programmation et les décisions sont faites à l’avance et que l’exécution est une affaire de pure forme. L’idée devient une machine qui produit l’art. "

D’autres artistes de la même génération, dont Laurence Wiener typiquement, vont suivre le même chemin et décréter une préséance du concept (avec son fameux The piece need not be built). Lewitt cependant restera plasticien car il va travailler sur la latitude présente entre l’énoncé et sa réalisation, car ses pièces requièrent un savoir faire certain et souvent une grande quantité de travail méthodique, faisant appel aux qualités des exécutants.

Latitude de l’exécution

Car si Lewitt laisse le soin à d’autres de réaliser la pièce, ce moment n’est pas pour autant quelconque. Il dirige souvent l’exécution de la pièce, et l’interprétation de la contrainte fait souvent appel à la créativité : le dessin mural est intimement lié au lieu d’exposition, aux dimensions et à particularités historique éventuelles. La précision et la qualité de l’exécution ne sont pas laissés au hasard. Un dessin de Lewitt a une aura forte, liée à l’unicité de sa réalisation.

Wall Drawing 11
A wall divided horizontally and vertically into four equal parts. Within each part, three of the four kinds of lines are superimposed.
May 1969

Héritage

Lorsque Reas dit "l’élément le plus important est le texte", il est sur les traces de lewitt. Ses dessins dynamiques sont d’ailleurs souvent présentés juxtaposés des statements qui les produisent, dont ils sont une autre visualisations sur le mode perceptif.