Stick to standards

Cette présentation fait partie du cycle du cours de "Cultures numériques" de l’erg.

1/8 | Suivant

1. Qu’est-ce qu’un standard ?

Définition : Standard

Ensemble de recommandations
développées et préconisées
par un groupe représentatif d’utilisateurs.
(Wikipedia)

Briques et blocs de béton sont standardisés

Leurs dimensions tournent autour de quelques tailles
29 ou 39 en longueur, 9, 14, 19, 29 en largeur, 14 ou 19 en hauteur
Leur résistance est certifiée
et normalisée au niveau international et européen. Ceci permet de construire une maison sur base de matériau connu, et de pouvoir trouver facilement des blocs pour compléter ou rénover un bâtiment.

Votre vie sociale aussi

Votre existence sur Facebook est elle-même standardisée.
De par les types de contenus que vous pouvez poster : photo, texte et vidéo.
De par le layout qui les affiche.
Le fait d’utiliser un réseau social est un standard
de comportement de jeune adulte en 2014.


2. Standards et normes

Norme et normalisation

La normalisation le fait d’établir des normes techniques, c’est-à-dire un référentiel commun et documenté destiné à harmoniser l’activité d’un secteur.

Elle est réalisée par des organismes spécialisés, qui sont le plus souvent soit des organismes d’État, soit des organisations créées par les professionnels d’un secteur d’activité donné.

Définition officielle ISO

« Document établi par un consensus et approuvé par un organisme reconnu, qui fournit, pour des usages communs et repérés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné. »

Standard et standardisation

Un standard est un ensemble de recommandations développées et préconisées par un groupe représentatif d’utilisateurs.

Un standard est aussi un procédé ou un service qui est largement répandu.

Un standard peut être ou non une norme.

Confusion entre norme et standard

Une confusion existe entre les deux termes du fait que l’anglais utilise « standard » dans les deux cas (Et l’utilisation de l’anglais dans la publication des normes technique est un standard)

On parle de standard de Facto ou de standard de jure.
On y reviendra.

Pourquoi crée-t-on des standards ?

- Nommer des choses : « un blog », « un court métrage », « un artiste plasticien »
- Harmoniser un secteur
- Permettre l’interopérabilité
- Imposer des règles

Différence d’accès

Une norme, parce qu’elle est enregistrée, est décrite dans des documents officiels qui servent de référence.
L’accès à ces documents est généralement payant, via les organismes certificateurs, et sont parfois très cher.

Un standard est généralement décrit dans des documents libres d’accès.


3. Comment et par qui se crée un standard ?

Standard de facto

Un standard de facto désigne un standard qui est admis et utilisé à grande échelle dans une industrie sans avoir été examiné et approuvé formellement par un organisme de normalisation.

Exemple
- Le format de fichiers PDF pour les documents imprimables, créé et géré par Adobe.
- Le format DVD pour les films (1995, par les studios cinéma).
- « C’est trop bien » « La classe » « mdr »

Standard consensuel

Une norme consensuelle est soumise à une procédure formelle de préparation de normes.
Des communautés de normalisation au sein d’une organisation d’élaboration de normes évaluent de manière objective la faisabilité et l’importance d’une norme potentielle, puis élaborent la norme qui, après avoir été acceptée, est diffusée et gérée par l’organisation qui en est à l’origine.
l’IEEE, l’IEC ou l’ISO (Organisation internationale de normalisation) sont des organismes de normalisation

Exemple
Wi-Fi et FireWire

Exemple historique : le mètre

Le mètre a été inventé et normalisé à un niveau très élevé, celui du pouvoir national français.

En 1790, l’Assemblée nationale constituante (France) se prononce, sur proposition de Talleyrand, lui-même conseillé par Condorcet, pour la création d’un système de mesure stable, uniforme et simple, et c’est l’unité de Burattini qui est d’abord adoptée comme unité de base.

Unité de Burattini
Longueur d’un pendule qui oscille avec une demi-période d’une seconde. Problème : elle change selon l’endroit où l’on se trouve...


Mètre placé en 1795 au 36 de la rue de Vaugirard, Paris

Système international d’unité

C’est finalement la dix-millionième partie d’un quart de méridien qui est choisie provisoirement en 1793.
Deux savants sont chargés d’effectuer les mesures géodésiques nécessaires, Delambre et Méchain, lesquels vont, durant sept ans, mesurer la distance entre Dunkerque et Barcelone.

La plupart des pays du monde ont fait du système international leur système officiel d’unités.

Depuis 1983, un mètre est la distance parcourue
par la lumière dans le vide en 1/299 792 458 seconde.

Autre curiosité : le daguerréotype

Ce procédé photographique a été conçu par Daguerre (sur base des travaux de Niepce) et vendu en 1839 au gouvernement français qui le fait publier par l’Académie Française, afin d’en « doter libéralement le monde entier ».


4. Pourquoi parler de standards à des artistes

Hors standard ?


Après tout, les artistes ne sont-ils pas « hors norme » ?
Le génie n’est-il pas celui qui invente ses propres règles ?
L’artiste n’est-il pas en « avance sur son temps » ?

Classicisme et avant-gardes

L’idée du génie, qui invente de nouvelles règles dans son art se double, avec les avant-gardes, de celle de révolutionner la société, en étant aux avant-postes de ses changements.

Du coup l’artiste a longtemps été sommé de créer des oeuvres qui brisent les anciennes règles, et de facto invente de nouveaux standards.

Prescripteur de tendances

Marcel Duchamp visitant en 1912 une exposition de technologie aéronautique aurait déclaré à Fernand Léger et Brancusi « La peinture est morte. Qui pourra faire mieux que cette hélice ? Dis-moi, tu en serais capable, toi ? »

Il signifie par là que l’artiste doit incorporer des standards qui l’entourent. On passe du génie à l’intuition. C’est une définition moins romantique mais plus intéressante.


5. Faut-il aimer les standards ?

NON, il ne faut pas aimer
les standards

L’aberration du QWERTY

Christopher Latham Sholes brevette de sa machine à écrire, « the typewriter » en 1867. Sa machine a un problème : quand on frappe trop rapidement, les bras qui impriment les lettres sur le papier s’emmêlent.


Une mauvaise solution
Pour régler le problème, Sholes dispose les lettres de son clavier de telle manière à ralentir l’écriture : les lettre les plus usuelles sont éparpillées sur le clavier.
En plus, on ne peut voir le résultat de la frappe, qui se fait hors de vue, sous le rouleau.

Il propose son invention à Remington, un fabricant d’armes, qui achète une licence et produit en série la « Typewriter » sous le nom de Remington N°1.

La machine se vend peu. 5000 pièces en 5 ans.

La Remington N°2
La Remington N°2 est commercialisée en 1878. Elle permet de voir ce qu’on écrit et les touches sont munies de ressorts. La frappe est plus rapide, le modèle plus efficace et léger. 100.000 machines se vendent en 3 ans. Dans la seule année 1890, Remington vend 100.000 machines.

L’industrie contre l’usager et l’effet de sentier
Sholes propose un clavier plus ergonomique puisque le problème du chevauchement des touches n’existe plus. Remington refuse : les clients sont contents, les chaînes de montages travaillent à plein rendement, et des cours se donnent pour apprendre le Qwerty.

Nous utilisons au quotidien des claviers standards dessinés pour être anti-ergonomique.

C’est ce qu’on appelle « l’effet de sentier ». Une fois une norme acceptée, il est commercialement plus rentable de la suivre, plutôt que de la remplacer. Les acteurs industriels laissent d’autres prendre le risque de proposer des alternatives.

La VHS ou que le pire gagne

Fin des années 70’, le marché du lecteur vidéo grand public se profile. 3 firmes veulent capter ce marché avec leur propre format :

- Betamax (Sony, 1975)
- VHS (JVC, 1976)
- V2000 (Philips, 1979)

La concurrence contre l’usager

Incapable de se concerter, ces producteurs vont donc lancer chacun leur format. Le public devra acheter (ou louer) des lecteurs très chers et les cassettes adaptées.

Betamax, avec sa bande plus large, est de meilleure qualité mais ne peut stocker de longs films. V2000 est supérieur en qualité d’image. Mais c’est VHS, le moins cher à l’achat, qui va s’imposer.

Des oignons calibrés

Les supermarchés et la distribution agro-alimentaire exige des conditionnements d’oignons calibrés. L’approvisionnement doit être stable tout au long de l’année en calibre et quantité.

Seuls les très gros producteurs peuvent satisfaire à cette demande.

Les standards contre les producteurs
Les oignons belges, produits sur de trop petites parcelles sont de facto hors course. Le circuit court est donc souvent impossible dans la distribution, non pas à cause d’un problème d’offre ou de qualité, mais à cause de la demande de standardisation de la production.

Ceci n’est qu’un exemple, l’agro-alimentaire agit sur la standardisation de l’ensemble de la production.

Oishi Wasaburo et l’esperanto

Dans les années 20’, Oishi Wasaburo découvre les vents de haute altitude. Il veut communiquer le fruit de ses recherches au plus grand nombre. Il choisit le médium qui lui semble le plus à même de communiquer sa découverte : l’espéranto.

L’esperanto ne décollera jamais comme standard de communication. Les américains redécouvriront ces vents en bombardant son pays 20 ans plus tard.

La leçon du CD-rom

Les années 90’ ont été celles du CD-rom. Que reste-t-il de cette épopée, des millions d’heures a fabriquer des encyclopédies, porté par un espoir d’accès universel au savoir ?

Les formats étaient propriétaires, les logiciels embarqués créés pour des versions spécifiques des operating system des ordinateurs.
Aujourd’hui, la plupart des CD-Rom sont impossible à lire.
Une perte énorme pour les usagers.

L’obsolescence programmée

Floppy / cassette / disquette / disque dur / zip / jazz / cd-rom / dvd-rom / blue-ray / disque SSD / cloud / ...

Voici une liste de supports rien que pour l’histoire informatique. On peut faire une liste quasi aussi longue pour les supports de son, ou de film.

L’histoire des supports est une histoire de standards devenus obsolètes. A chaque support rendu illisible par la disparition des lecteurs, des masses de données perdues.

Les standards réduisent la diversité

Les standards posent des cadres de production, qui deviennent un cadre mental, et une normalisation sociale.
Le cas Abercombie & Fitch le rappelle : nommer des physiques par des tailles de vêtement, c’est porter des jugements souvent vexatoires.
La taille des bonnets de soutien-gorge des femmes, l’indisponibilité de certaines tailles « hors norme » sont autant de doigts pointés sur le physique.

Tout plat
La politique d’IKEA de produire des meubles transportable en emballage plat et à bas coût de production est de même une astreinte forte sur leur design.

Enfermé dans le menu déroulant
La production graphique, depuis Photoshop, s’est fortement lissée, a monté en qualité, mais s’est aussi standardisée.

Les mêmes visages retouchés partout, les mêmes corps sans pli abdominal, les mêmes longs cous. Les mêmes ombres portées, murs lisses, effets de reflet plastique et auras lumineuses. Les mêmes blagues pourries d’incrustation de visage.

Ils rendent vulnérable

Le fait que la majorité des ordinateurs sont doté un operating system Microsoft ou Apple avec les mêmes options de base produit des vulnérabilités : les virus peuvent ainsi profiter de la même faille sur des millions de machines.

L’étrange exemple du train espagnol

Le gouvernement espagnol décida vers 1830 de construire le réseau ferré national à l’écartement inhabituel de 1674 mm. Ce choix d’écartement large fut influencé par le souvenir encore vivace de l’invasion napoléonienne en 1808, qui était basée sur la vitesse de déplacement des troupes de Napoléon, utilisant le réseau de routes en place. (Wikipedia)


6. OUI, il faut aimer les standards

Ils harmonisent la production

Déjà évoqué, ce point est important. Faire un raccord de gaz serait l’enfer si des normes n’existaient pas.

Mettre du papier dans une imprimante serait une épreuve si la norme DIN n’harmonisait pas les tailles de papier.

Si un seul constructeur réussit à protéger une technologie et que celle-ci devient dominante sur le marché, on a aussi un effet de monopole qui s’installe et un danger pour les consommateurs.

Les standards rendent interopérable

L’interopérabilité est le fait qu’un même contenu puisse être pris en charge par différents médias.

Un texte en PDF peut être lu sur une tablette ou imprimé, sur un smartphone, ou encore être indexé automatiquement par un moteur de recherche.

Le cas du chargeur USB

Fait rare dans l’industrie : la commission européenne a forcé les constructeurs de téléphones portables à adopter une norme unique pour les chargeurs en 2009 dans la spécification common external power supply (EPS), avec fin de la tolérance en 2012.

La fiche micro-usb et ses 5 volts (4.75 to 5.25 v) sont désormais imposés.

Ils permettent une évolution motivée

Faire évoluer un standard, lorsque l’opération est bien menée, se fait :

- en concertation avec les acteurs
- en veillant à la rétrocompatibilité
- en améliorant la qualité

L’évolution du HTML s’est fait selon ces principes.


7. D’où vient le danger d’une standardisation ?

Posséder le standard c’est mener la danse

Lorsqu’un standard est la propriété d’une firme, elle possède une série de droits. Elle peut imposer un paiement pour l’emploi de ce standard. Elle peut procéder à des évolutions de la norme librement, sans concertation, ce qui peut faire partie de sa stratégie commerciale pour forcer ses clients à racheter des updates.

Le cas du GIF

Le GIF est le premier format de compression d’image de l’histoire. Il a été créé en 1987 par Compuserve, une société qui proposait des services liés à l’Internet à d’autres sociétés. Le World Wide Web n’existe pas encore en 1987 (le premier serveur web sera lancé 4 ans plus tard), mais le mail existe depuis 1971, par exemple.

Big success
En 1989, la norme est revue pour inclure la possibilité de placer plusieurs images dans le fichier, et les faire défiler avec un rythme défini. C’est le GIF animé. En 1993, le navigateur Mosaic rend possible l’affichage des images en GIF dans une page web. Le GIF devient rapidement populaire.

Payer pour voir
_ En 1994, Unisys, détenteur de deux brevets sur la compression LZW déposés en 1989, demande soudain des royalties pour l’utilisation du GIF. Le format est devenu incontournable, les logiciels qui compressent en GIF (photoshop par exemple), passent à la caisse.

Les brevets technologiques expirent après 15 ans. Les brevets de Unisys ont expiré en 2003 (US) et 2004 (Europe).

Le cas du .doc

Le format .doc n’est pas une norme, c’est un format propriétaire.
C’est par contre un standard : beaucoup d’administration publiques et d’utilisateurs privés travaillent et s’échangent des fichiers en format .doc.

Jusqu’il y a peu, l’absence de concurrence au traitement de texte faisait de Microsoft le maître du jeu.

Un secret gardé

Chaque version de Word peut être l’occasion de changement dans la structure du fichier, sans consultation.

Ce qui signifie généralement l’incompatibilité des fichiers créés avec les nouvelles versions du logiciel avec les anciennes version, et donc...

L’obligation pour les administration de mettre à jour tous les logiciels.

N’agir que sur la menace

La donne a changé lorsque Open Office, soutenu par Sun Microsystem depuis 2000, a poussé à l’adoption d’un standard ouvert nommé OpenDocument, lentement adopté à partir de 2006.

La peur de perdre le marché juteux des administrations a forcé Microsoft a intégrer le format ODT, à abandonner le format .doc, mais la firme continue de tenter de garder sa mainmise en créant .docx, un format pas très éloigné du ODT mais qui n’est pas du ODT.

Connectez-vous avez Facebook

Les outils en ligne et les réseaux sociaux possèdent vos données, et vendent votre travail quotidien de cliqueur impénitent.

Leur imposition comme standard est préocuppante : la plupart des journaux proposent de vous logguer en utilisant votre compte Facebook, ce qui permet en un clic d’être reconnu par un système tiers (journal, blog, site commercial).

Vous augmentez à chaque fois la valeur de l’information récupérée par ces systèmes, bien que vous n’ayez aucun contrôle sur ce qui en est fait.


8. Produire un meilleur standard en concertant les producteurs

Quand l’industrie pense

Une firme faisant un mauvais choix de standard peut perdre énormément d’argent, voir être coulée.

Le cafouillage autour du format des cassettes vidéo a fait réfléchir l’industrie, qui a produit quelques beaux moments de concertations des acteurs industriels.

Le format CD

Lorsque plusieurs industriels comprennent que le support numérique est l’avenir des données, ils mettent au travail des équipes de techniciens pour créer des systèmes de lecture pour le grand public.

La peur de la guerre des cassettes
Le foirage du la saga VHS-betamax-V2000 produit un effet spectaculaire : Sony, Phillips et Hitachi se concertent pour créer une norme commune, le CD, dès 1978.

Inventer un support
Tout sera donc inventé :
- La technologie : une surface métallique avec un relief minuscule permettant le codage binaire
- La taille : 120 mm
- La durée maximale enregistrable : 74 minutes, soit la durée de la version la plus lente de la 9e symphonie de Beethoven, celle enregistrée au festival de Bayreuth en 1951 sous la direction de Wilhelm Furtwängler
Le format est commercialisé en 1982.

Le JPG du JPEG

Le GIF est un format qui convient pour les images comportant peu de couleurs. Il est assez mauvais pour compresser les photographies.

En 1986 se crée le JPEG, pour Join Picture Expert Group, un organisme composé de personnalité représentatives de l’industrie de l’image ou d’internet. A sa tête est actuellement Dr Daniel Lee, de chez eBay.

Ce groupe d’une trentaine d’experts va travailler et proposer en 1991 une norme de compression qui porte son nom.

Gros boulot
C’est 5 algorithmes différents qui sont en action pour ce format.
Il sera publié par le groupe, mais la Global Patent Holdings revendique depuis 2007 la paternité du format.

L’étrange imposition du DVD

Début 90’ alors que le VHS est en bout de course et que le CD commence à s’imposer, les créateurs de contenus voient se profiler le début d’une guerre commerciale pour qui lancera le successeur digital du format VHS.

Concertations des majors de l’industrie culturelle
Durant les réunions du secteur électronique, la guerre des brevets et les tentatives d’imposition de normes propriétaires se multiplient entre Sony, Philips, Toshiba, etc.

Warren Lieberfarb, alors patron de Warner Home Vidéo, décide de rassembler les majors de l’industrie culturelle pour exiger l’imposition d’un standard de haute qualité commun à tous les majors des constructeurs.

Cahier de charge imposé
En 1994, MGM, Columbia, Paramount, etc. exigent un support capable de contenir un film de 135 minutes, une image et un son de haute qualité, un doublage en 8 langues et la possibilité aux parents de censurer certaines scènes.

Les majors de l’industrie de l’informatique, qui monte en puissance, sont appelés pour arbitrer. Il optent pour une des technologies proposées par la Warner.

Ouf.
En décembre 1995, les 10 plus grands industriels de la vidéo annoncent officiellement leur accord sur un support vidéo unique.

Le premier lecteur DVD est lancé au Japon en 1996 (1998 en France).


9. Standards ouverts

Posséder et imposer

On l’a vu, les expérience les plus réussies sont celles qui engagent plusieurs acteurs.

Un seul acteur produit des normes obscures, changeantes, qui rendent dépendants les autres acteurs, créer une "rente de situation", et incite cet acteur a ré-itérer son coup en changeant de norme (et donc déposer un nouveau brevet) avant que celle-ci n’arrive dans le domaine public. Un acteur économique puissant assure sa position par le chantage économique, le lobby, voire la corruption.

(Le format DOC, le GIF, Facebook, Google)

Rassembler pour régner

Plusieurs acteurs industriels concertés produisent des formats plus pérennes, avec moins de pertes pour les usagers, avec tout de même un monopole qui leur garantit la mainmise d’un marché.

(Le CD)

Concerter pour éviter le chaos

Des acteurs industriels provenant de plusieurs industries différentes produisent l’adoption de standards plus larges.

(Le DVD)

Négocier plutôt qu’imposer

Les normes peuvent pensées en amont par des organismes de certification liés aux états.
Elles peuvent précéder la production ou imposer une harmonisation à un secteur d’activité.

(OpenDocument, le chargeur USB)

L’évidence du standard ouvert

Il en ressort que le meilleur moyen d’assurer un gain collectif est d’utiliser des standards créés par concertation et librement disponibles.

« Les termes format ouvert, format libre ou encore spécification ouverte, désignent des formats de données interopérables et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d’accès ni de mise en œuvre, par opposition à un format fermé ou propriétaire. »

(wikipedia)

Service public = standard ouvert

Imaginez une administration qui vous obligerait à acheter la suite Office pour ouvrir un document officiel.

Cette situation a été rencontrée dans de nombreux pays, avant que les états ne se rendent à l’évidence : leur dépendance aux standards propriétaires est dangereuse et injustifiable politiquement.

Le milieu des années 2000 a vu cette question devenir centrale dans les décisions politiques en Europe.

Un cas intéressant : le PNG

On l’a vu, le GIF devient payant en 1994. Compresser une image sous ce format est donc payant (mais pas la lire). En réponse à ce problème, le format ouvert PNG a été proposé par le W3C comme alternative au GIF et au JPG.

Ouvert, sans perte, paramétrable
Le PNG est un format sans perte, et il permet de compresser aussi bien de l’image photographique que des logos, avec différents algorithmes associés.

Le format est ouvert, nous seulement la structure du fichier est définie, mais des algorithmes de compression peuvent être trouvés gratuitement.

Il permet en outre la transparence alpha, qu’aucun autre format de fichier pour le web ne permet.

Waow
Le PNG offre donc un vrai plus par rapport au PNG.

Le frein d’Internet Explorer
On ne peut qu’aimer le PNG, qui est un format libre, qui se rajoute aux deux formats déjà existants pour le web et apporte une innovation.

Malheureusement pour le PNG, il rencontre un adversaire de poids : Internet Explorer n’affichera pas le format PNG correctement pendant de longues années, freinant son utilisation.

Il faudra attendre que Firefox menace le monopole du navigateur de Microsoft pour que celui-ci soit enfin rendu correctement à l’écran...

L’argument massif : le web

Mais ce n’est pas seulement le PNG mais le web dans son ensemble qui s’appuie sur des standards ouverts. La majorité des applications serveurs, les protocoles, une partie importante des contenus sont des standards ouverts.

Internet = format ouvert
Tim Berners-Lee et Caillau se posent la question en 1993 : vont-ils déposer un brevet sur leur serveur web, le système DNS, le HTML et sa spécification ?

« Make it available »

Il a fallu un certain temps pour décider quoi faire, parce que les arguments étaient complexes et qu’on ne voyait pas ce qu’il adviendrait de WWW dans les deux cas. Enfin, comme nous étions plus intéressés par l’excitation de faire quelque chose d’utile que de devenir riche, nous avons décidé d’utiliser le modèle du CERN traditionnel de la technologie spin-off : rendre disponible gratuitement. Le concept de licence Open Source étant encore à ses débuts, nous avons opté pour mettre le logiciel Web dans le domaine public, incluant en elle la renonciation aux droits de propriété intellectuelle du CERN.

Robert Caillau à propos de la libération des technologie du web en 1993

Impliquer
"Sans cette décision, le web serait mort. L’aventure a vraiment démarré parce que les gens d’un bout à l’autre de la planète, de simples gens, se sont impliqués."

Tim Berners-Lee

Format ouvert = interopérabilité

Le but premier de la création d’un standard ouvert est l’interopérabilité, c’est à dire de casse la dépendance d’un produit par rapport à son écosystème.

Imaginez une poudre à lessiver qui ne fonctionnerait qu’avec une machine, de la poudre de cacao avec un seul lait, une cartouche d’encre avec un seul porte plume, l’essence avec une seule voiture, un grille pain avec un seul type de prise de courant, etc.

Casser le monopole privé des biens et services indispensables

Si un bien ou service est indispensable à la société, son accès doit être garanti par les institutions.

Chaque innovation technologique est une chance et une menace de ce point de vue :
les soins de santé, l’eau potable, l’électricité, puis aujourd’hui internet et la téléphonie,...


10. Optimisme pour l’avenir

Tendance lourde de l’industrie en faveur des standards ouverts

L’open source, les standards ouverts, ont été des questions invisibles dans les années 90’ avant de s’imposer comme stratégiques aux états dans les années 2000.

Microsoft et ses stratégies de défense de son monopole a fini par éveiller les conscience.

Affaiblir Microsoft par l’injection de formats ouverts

Google a gagné des millions en s’écartant du business model de Microsoft. Des outils gratuits, qui s’imposent comme standards (moteur de recherche, google docs, ...). Mais les technologies restent majoritairement propriétaires : l’algorithme du moteur de recherche de google reste secret. Microsoft est ressorti de ce nouveau standard de business affaibli mais Google a imposé un standard encore plus prégnant.

Imposer des standards en les ouvrants

La tendance de ces dernières années est à l’ouverture des normes.

Google a par exemple libéré le codec VP8 utilisé dans le format ouvert WebM.

S’appuyer sur des standards

Adobe vient de lancer discrètement un projet d’éditeur de code, Brackets, en open source.
Cet éditeur est écrit en html, css et javascript, trois technologie au standard ouvert.

Ailleurs, de nombreuses applications s’appuient sur le XML, le javascript et d’autres langages.

Citons Unity, application de fabrication de jeu vidéo, qui utilise le javascript comme code de programmation des événements.

Epub, format ouvert de livre numérique
Le format Epub est doucement en train de faire sa place dans les formats de lecture pour tablettes et liseuses.

Html 5, enfin

La balise html <canvas> et la balise <video> sont en train de reléguer flash au rang de « bizarrerie de l’histoire du web ».

Poussée par les majors comme google et Apple, HTML 5 permet d’harmoniser l’affichage des contenus riches comme la vidéo, le son, les animations.


11. Conseils divers

Remplacez tout par une app’

Nous sommes actuellement sommés de désirer des app’s pour nos téléphones portables. La leçon du CD-rom n’est décidément pas passée.

Préférer un hardware compatible avec les standards

Que ce soit dans le choix d’une liseuse, d’une imprimante, d’un téléphone, d’un aspirateur, il convient de regarder si l’interopérabilité est possible, c’est à dire si les choix technologiques du constructeur permettent de transférer facilement les informations d’un objet vers un autre objet (de téléphone à téléphone), de les backuper, de les tranférer d’un objet à un autre type d’objet (d’une liseuse vers un ordinateur), etc. C’est important si vous voulez que vos données ne soit pas emprisonnées par une marque particulière, dans ce qu"on appelle sournoisement aujourd’hui un "ecosystème", qui fait penser à "système écologique" mais qui signifie réellement "système économique".

Pour des raisons affichées de sécurité mais qui sont des raisons commerciales cachées (et parfois de la fainéantise de la part des programmeurs), ce n’est pas très souvent le cas.

Préférer utiliser des logiciels respectant l’interopérabilité

Dans le choix d’un logiciel, préférer ceux qui sont capables d’ouvrir et de sauver dans des formats ouverts.

Encore mieux, sauvant nativement dans un format ouvert. Okay, c’est rare.

Utiliser des formats ouverts dans sa communication

Envoyer des formats .doc par mail est une mauvaise idée.
Dans les formats de texte, de présentation, d’image, de vidéo, que ce soit pour la consultation ou la production, communiquez autant que vous le pouvez dans des formats ouverts. C’est une question d’interopérabilité, et de survie de vos données dans le futur.


Apprendre les standards

Apprendre a utiliser un format ouvert est généralement plus utile qu’apprendre dans un cadre propriétaire.

Cela donne plus d’agilité et d’indépendance dans le travail.

Comme évoqué, javascript est un langage qui s’impose au delà de son but initial, qui était de permettre l’interactivité d’une page web.

Collaborer plutôt qu’être génial tout seul

La création contemporaine n’a jamais été aussi connectée. L’association en petit groupe pour mener des projets permet d’éviter le piège de la page blanche.

Utiliser un standard c’est lui donner du pouvoir

Vous infléchissez le choix des personnes avec qui vous êtes en contact.
Utiliser amazon, google, applestore pour faire ses achats fait de vous un défenseur de ces majors.

Apprenez à diversifier votre pouvoir d’achat.

Concentration dangereuse

Après avoir été un vecteur d’espoir démocratique, le web devient un lieu de concentration de pouvoir.
Quelques sites centralisent l’activité de milliards de personnes : Google, Facebook, Twitter, Instagram, Amazon, Apple, Immoweb, Ryanair, les agences de voyage, etc.

Cette concentration asservit les petits producteurs, qui n’ont d’autres choix que de se soumettre aux dictas de ces majors incontournables.

Contournez-les pour accéder aux mineurs du web.


Mondrian, vers 1940

Les artistes et les standards

Mondrian espérait que sa peinture permettrait d’irradier et modifier l’esthétique des lieux dans laquelle elle était montrée.

Les artistes des années 20’ se sentent le devoir de changer la société a travers un art total, qui va du mobilier (c’est la naissance du design) à l’architecture et même la politique.

Les deux guerres mondiales seront de rudes rappels que transformer en profondeur la société crée de la violence à grande échelle.

Faire de l’art c’est créer un standard

Produire de l’art est toujours ajouter un objet nouveau au monde, et consiste à déplacer les pratiques, les signes.

Mais ceci consiste-t-il, dans ce qui nous occupe, à créer un nouveau standard à chaque fois ?

Andy Warhol cherche avec le pop art a étendre la norme de l’abstraction : une image répétée devient abstraite par sa perception visuelle brouillée, ou par la disparition de son sens. Warhol appelle a prendre en compte la nature désormais globale de la sphère artistique, liée aux médias comme le cinéma, la télévision, les revues, etc.

L’invention de nouvelles normes

Une nouvelle forme artistique passe par la création ou le dévoiement d’un standard ouvert.

Se référer uniquement à des standards existants signifie s’y plier, généralement pour une rentabilité immédiate (utiliser facebook comme support de création, faire des citations de Star Wars) et ne fait qu’alimenter l’industrie culturelle. Le gain est immédiat, mais le risque est alors de faire disparaître l’art dans le trivial : qui se rappellera de Facebook dans 15 ans, quel intérêt y a-t-il à citer encore et encore Star Wars ?