Dark source, Ben Rubin, 2005

Tags : installation, hack, code, politique

Précédent | 18/23 | Suivant

Dark source est une installation composée de feuilles A4 recto/verso prises en sandwiches entre des plaques de plexiglas. Ces plaques sont suspendues par groupes de 6, en fonction de l’espace d’exposition. Plusieurs lecteurs de microfilms et des projections vidéo complètent la pièce.

L’installation est basée sur le code source de la version 4.3.1 du logiciel AccuVote-TSTM de la firme Diebold. C’est ce code qui est présenté, en partie imprimé sur papier, et consultable sous forme de microfilm sur plusieurs lecteurs de fiches.

AccuVote est un logiciel de vote électronique par écran tactile utilisé dans plusieurs états aux USA. Développé par une société privée, il reste propriété de la firme Diebold. Contrairement aux codes sources de projets open-source, personne à part le personnel autorisé de Diebold ne peut avoir accès au code, c’est à dire à la procédure du vote électronique. Le fait qu’un acte aussi sensible politiquement que le vote soit opéré par une machine appartenant à une société privée, seule habilitée à son contrôle, est un problème démocratique qui est le centre de cette pièce.

Profitant d’une faille de sécurité dans le système serveur de Diebold, Rubin a obtenu le code source de la version 4.3.1 du logiciel. Il est donc tiré sur papier et placé sur microfilm dans la pièce d’exposition. Mais comme ce code est propriété privée de la firme et ne peut pas être rendu public, Rubin a effacé au marqueur noir, manuellement donc, chacune des 49.609 lignes de C++. Et cela aussi bien sur les feuilles que sur les microfilms.

La pièce cache donc l’information qu’elle montre. Elle est clairement dans une esthétique post-conceptuelle, mais cette hyperprésence de l’absence est savamment théâtralisée : les pages disposées par paquets ont la beauté d’une installation minimale, crée un volume constitué de peu de matière, amplifié par les plaques réfléchissantes et le jeu des ombres portées.

Cette pièce de Ben Rubin (1964, USA) est une des plus low tech de son oeuvre. En effet, Rubin est plus connu pour des pièces spectaculaires utilisant des panneaux d’affichage LED, que ce soit son récent "Langage of diplomacy" (2011), qui affiche des mots de six lettres issus des cables diplomatiques américains publiés par WikiLeaks, ou encore "Movable types" (2007) installé dans le hall des bureaux du New York Times, affichant des textes issus des archives du journal.

Présentation de la pièce sur le site de Rubin