Mame

Non pas une personne mais un projet, Mame est intéressant car il allie le jeu, l’histoire de l’informatique et l’open source. Projet ambitieux, réussi.

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Initié par Nicola Salmoria, sorti officiellement le 5 février 1997.

Aventure technologique

Mame est d’abord une aventure de programmation. Mame est un émulateur, c’est à dire un logiciel qui fait se comporter une machine comme une autre machine. L’émulation est un enjeu informatique important, car le hardware se renouvelle sans cesse, et il laisse derrière lui des milliers d’applications, de cd-roms, de jeu, de données illisibles. Comment continuer à avoir accès à ces fichiers ? La conservation du matériel est une solution, l’émulation en est une autre, plus puissante à long terme.

L’émulation est fortement liée à l’histoire du jeu vidéo : on estime que le premier émulateur est une station de jeu, qui permettait à ses acheteurs de jouer avec des cartouches de la génération précédente du constructeur, plus rapide mais incompatible avec les anciens jeux.

Elle touche tous les aspects de l’informatique aujourd’hui.

Aventure juridique

Télécharger un émulateur est une opération légale, par contre posséder les ROMS (terme générique pour désigner les jeux, choisi parce que les jeux étaient stockés dans le Read Only Memory des premières machines) est souvent illégal. La plupart des firmes qui les ont conçus et commercialisés existent encore et ces jeux sont toujours protégés mêmes si ils ne sont plus exploités commercialement. C’est contre cet état de chose que lutte les concepteurs/codeurs de MAME. Plusieurs procès ont été intentés contre les émulateurs, notamment par SONY, tous perdus. Du côté des ROMS par contre, les concepteurs de jeux auront gain de cause, la propriété intellectuelle est un argument juridique puissant. Les ROMS s’échangent toujours donc avec risque, le site de MAME stipule explicitement qu’il n’héberge pas de jeux. Les sites qui le font sont donc dans l’illégalité, menacé de fermeture, hébergés dans des pays à la législation flottante, et régulièrement hackés. Des initiatives comme celle des concepteurs de QUAKE (qui mettent leurs moteurs de jeux en open source lorsque leur exploitation commerciale est terminée) ou de propellerhead software (qui a créé un musée pour son émulateur de boite à rythme/séquenceur, ReBirth, téléchargeable gratuitement) restent marginales.

Projet historique et culturel

Ce projet est porté par un désir de nerd, celui des amateurs de jeux de cafés du début des années 80’, qui ont vu le monde basculer dans le numérique, épaulé par l’objet le plus trivial du monde, une caisse en bois dans un café, fait pour récolter des sous en tuant des aliens en forme de gros carrés.

Mais il est porté aussi par un désir d’histoire, celle de ceux qui ont vécu de l’intérieur l’invention des jeux vidéos, leur évolution rapide du noir et blanc à la 3D, du bip à la mélodie 32 bits, comporte son lot de héros, de batailles perdues et gagnées, de bonds et de reculs technologiques, de fortunes et de ruines. Elle doit être conservée par son biais le plus direct, les jeux eux-mêmes, partie émergée de cet iceberg, qui sont à l’histoire de l’informatique ce que les oeuvres d’art sont à l’histoire de l’art.

Play it again, Proust

Au final on a donc un objet indécidable, aussi nerd et infantile que puissant techniquement et respectable d’un point de vue d’historien. L’indécidable étant une des vertus de l’art, ceci fait de MAME un objet passionnant. Et puis rejouer à Rygar, écouter sa musique d’origine, ou revoir la boule de Marble rouler avec inertie sur ses pentes isométriques, au son des premières musique 8-bit stéréo est une expérience puissante.