les 01,s

Il on créé un groupe, 0100101110101101.org. Les 01’s (c’est plus facile à dire) sont deux. Ils sont italiens, ils se nomment Eva et Franco Mattes. Le centre de leur travail est le mixage et une fascination multiple du faux, de l’avatar au hoax.

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Actifs dès la moitié des années 90, c’est en 1998 qu’ils entrent vraiment dans l’histoire de l’art avec un travail assez percutant : la diffusion du travail de Darko Maver, un artiste serbe menacé par le régime. Il origanisent une exposition, racontent sa vie et sa carrière, le défendrons lorsqu’il sera menacé. Lorsque Maver meurt, la biennale de Venise lui rend hommage.
Cet artiste n’a jamais existé (les 01’s révèlent la supercherie en 2000), et, l’on découvre que ses photographies ulta-violentes, mises en scène photographiques de massacres, mains déchirées, corps disloqués, sont en fait issues de dossiers policiers, donc authentiques.

Plusieurs bases de travail sont là mises en place :
- le mensonge crédible, créer une fiction avec suffisamment de matériaux crédibles pour qu’elle soit admise comme vraie, puis laisser les médias accréditer par leurs propres copier/coller leur création.
- La collaboration, puisque "Darko Maver" a été mis en place avec un autre collectif, Luther Blissett.
- Le détournement, puisque le matériau montré en ligne et en exposition passe de statut de document à celui de mise en scène, déplacé du monde judiciaire à celui d’oeuvre d’art avant de retrouver ce premier statut, mais hybridé à jamais.
- Le travail en ligne et hors ligne. Le site ainsi que le travail de dissémination numérique s’accompagne d’intervention dans le monde réel, dans ce cas précis des expositions des oeuvres en galerie.
- Prêcher le faux pour faire éclater le vrai. La supercherie est révélée, mais pour créer un électrochoc sur la situation politique serbe, mais surtout la facilité avec laquelle on peut créer de toutes pièces et durablement une fiction sur base de collage d’information.

Copies (1999)

Ready made pur, Copies est labellé "Carrying fake over to a digital format for the first time". C’est probablement faux, d’ailleurs, mais l’ambition est claire, amener des traditions artistiques dans le domaine du numérique. Mais le statut du faux est complexe dans le digital et surtout le web, qui est le lieu de toutes les duplications. Ici les 01’s font copies de 3 sites existants, in extenso, sur leur espace de serveur. Initiée suite à la décision de Hell.com de rendre privé son accès, "copies" se révèle payant tant au niveau de ce qu’il problématise (débat interne au monde de l’art sur la propriété artistique et intellectuelle d’une part, mise à mal de stratégies de protection et de restriction d’accès, pari sur le partage), que de son impact stratégique.

Life sharing (2000-2003)

Avec un credo "Privacy is stupid", Life Sharing mettait l’ordinateur usuel des 01’s en accès complet sur le web. Nudité, relation entre identité et disque dur, accès illimité en lecture et en copie de l’ensemble des fichiers de la machine préfigure ici les balbutiements du peer-to-peer qui commence à cette époque à faire tourner la tête au utilisateur, et faire peur aux distributeurs de contenus. La radicalité des 01’s est grande puisque tout immatériel, distant et numérique que soit la consultation de données, ce dévoilement traite de l’absence de confidentialité mais aussi à l’intime, ce qui a valu au travail des qualificatifs comme "abstract pornography".

Nike ground (2003-2004)

Travail d’activisme, de pastiche et de détournement, c’est le travail le plus ambitieux dans sa forme physique : un batiment temporaire, clinquant, sur une place publique (et encore, la Karlsplatz !) à Vienne, et un site web très "corporate", avec du flash et des formules digne de la marque au swosh. C’est aussi un des travaux les plus médiatique, avec procès, déclarations à la presse, prise de parole au micro, etc.

ordinary building
synthetic performance

Une interview avec les 01’s
13 most beautiful avatars