Process 17, C.E.B. Reas, 2010

"Process 17" est une installation constituée d’un texte et de deux écrans de taille variable.

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Elle fait partie de la série des "Process Compendium". Un des écrans montre la structure du processus sous forme de lignes en déplacement, l’autre écran affiche un dessin généré par le processus, en constante évolution. Le texte décrit le processus de manière courte et synthétique.

La pièce est décrite comme suit :

Process 17

A rectangular surface filled with instances of Element 5, each with a different size and gray value. Draw a transparent circle at the midpoint of each Element. Increase a circles size and opacity while its Element is touching another Element and decrease while it is not.

Implemented by C.E.B. Reas
Summer 2010
Processing 1.1

Héritage cinétique de John Maeda

Issu de l’enseignement au MIT de John Maeda, Reas est intéressé par les processus simples produisant des images complexes. La série des "process" se base sur une série d’objets simples (cercles, lignes) mis en interaction par des règles strictes, énoncées dans un texte court. Ce texte est conçu comme une version littéraire du code et est donc traduit par Reas en lignes de programmation.

Dans la description de la série des "Process Compendium" Reas est explicite sur le rapport entre programmation et résultat plastique :

A Process interpretation in software is a kinetic drawing machine with a beginning but no defined end.
The text is the Process described in English, written with the intent to translate its content into software.

(Traduction) L’interprétation sous forme logicielle du processus est une machine a dessin cinétique avec un début mais sans fin définie.
Le texte est le processus décrit en anglais, écrit avec l’intention de traduire son contenu en un logiciel.

De l’art cinétique à l’art digital

L’énoncé comme forme artistique en soi n’est pas neuve : Sol Lewitt le revendiquera dans le milieu des années 60’ avec ses dessins. Lawrence Wiener en fera même la forme première de son travail dans ces mêmes années.

L’art conceptuel pose le postulat que l’art trouve dans l’idée de l’artiste, telle qu’elle peut être identifiée, recomposée par l’expérience esthétique du spectateur face à l’oeuvre présentée. Le statut de cette "oeuvre" est donc ambigü, et les artistes conceptuels vont s’attacher à réduire sa matérialité, parfois jusqu’à la feuille de papier punaisée au mur.

John Maeda, issu d’une première génération d’artistes programmeurs, a une approche post-cinétique de l’art : dans une lignée formaliste, il aime générer des formes, produire un impact visuel. Les formes génératives et l’interaction permis par l’informatique vont lui permettre d’étendre les possibilités de l’art cinétique traditionnel (et le op’ art dans une moindre mesure).

Cette approche formaliste va le conduire à créer un logiciel destiné à son enseignement au MIT, destiné aux artistes visuels "design by numbers". Cet outil va être repensé en profondeur par Fry et Raes, dans le logiciel aujourd’hui incontournable Processing. La dimension capitale qui va y être ajoutée s’appelle "open source".

Maeda a crée une partie de son crédit (artistique) et de son capital (financier) en vendant son savoir faire sous forme d’animations, parfois intéractives, à des entreprises importantes. Il a pu le faire en protégeant son savoir-faire de pionnier de la programmation visuelle. S’il parle beaucoup de créativité dans ses livres, il ne divulgue aucun de ses secrets de programmeurs. C’est ce qui fait de son oeuvre une oeuvre post-cinétique. Nous assistons au résultat d’un process qui nous est masqué.

Reas et Fry accompagnent la création de Processing d’une philosophie du partage et d’outils destiné à celui-ci : documentation, exemples, galerie en ligne, publications, séminaires, workshops. Rendre sensible au processus devient partie intégrante du travail. L’expérience esthétique de l’oeuvre se double de son appréhension cognitive par le spectateur. La richesse graphique du résultat est d’autant plus appréciée que l’économie et l’ingéniosité du processus est identifiée par le spectateur. En cela, Reas dépasse le simple impact "rétinien".

Reas fait cependant bien la distinction entre son travail artistique et la promotion de l’art du code. Le code source de ses animations n’est pas disponible. Dans le même texte de description du compendium, Reas précise :

The software interpretation is secondary to the text. The text leaves many decisions open to the programmer, decisions that must be made using personal judgment. The act of translating the Process from English into a machine language interprets the text. Process [NUMBER] was implemented by [NAME] into the [LANGUAGE] language in [YEAR].

(traduction) L’interprétation logicielle est secondaire par rapport au texte. Le texte laisse plusieurs décisions au libre choix du programmeur, décisions qui doivent être prises en vertu d’un jugement personnel. L’acte de traduire le proccessus depuis l’anglais vers le langage machine est une interprétation. Le processus [NUMERO] a été implémenté par [NOM] en langage [LANGAGE] en [ANNEE].

Voir les images de Reas sur Flickr